suivi du rucher en temps réel

Au-delà des inspections : suivre son rucher en temps réel

suivi du rucher en temps réel

Au-delà des inspections : suivre son rucher en temps réel

L’apiculture de précision se caractérise par le suivi du rucher en temps réel. Ceci est utile à chaque instant, mais également à l’heure de réaliser le bilan. Cet article présente une analyse détaillée de trois ruchers suivis tout au long de la saison 2019.

 

Dans un rucher comme dans la vie il y a des ruches qui marchent bien, d’autres moyen et d’autres pas du tout. L’apiculteur en bon éleveur, accompagne chaque colonie pour l’aider à exprimer tout son potentiel.

La spécificité de l’apiculture par rapport à d’autres métiers d’élevage est de travailler avec un super-organisme. Conduire une colonie non visible à l’œil nu et présentant un développement très variable. Voici le challenge pour l’apiculteur. En deux semaines une colonie peut traverser plusieurs états : accélérer ou péricliter tout est possible.

Au sein d’un rucher, chaque ruche suit sa propre dynamique. Les généralisations ne sont pas très efficaces en apiculture et il faut gérer -à la colonie- pour arriver à en exprimer le meilleur de chacune.

Pour faire face à ces contraintes les apiculteurs effectuent des suivis tous 15 jours en moyenne. Deux semaines dans la vie d’un super-organisme c’est loin d’être 2 semaines dans la vie de n’importe quel autre animal. La production de toute une saison peut se décider en 15 jours, la reproduction naturelle (essaimage) peut se déclencher en 15 jours. Une colonie qui a 3.000 abeilles en février en aura 60.000 en juillet : c’est +2000% en 6 mois, soit environ +166% tous les 15 jours.

Par le passé les aléas climatiques et environnementaux étaient moins présents et c’était possible de pratiquer une apiculture calendaire. Cette époque est révolue. Le suivi tous les 15 jours est devenu le compromis que l’apiculteur adopte pour conduire son exploitation de façon à peu près rentable.

Concept de suivi du rucher en temps réel

Apiculture de précision – un nouveau paradigme

Pour assurer un suivi adapté des colonies, être informé en temps réel devient un vrai atout. Savoir ce qu’il se passe pour agir au bon moment. L’apiculture de précision apporte une conception radicalement différente à celle de l’apiculture calendaire. Le concept d’inspection est inversé : Le déplacement sur le rucher n’est plus pour diagnostiquer mais pour agir directement car le diagnostic a été réalisé en amont.

Chez Mellisphera nous avons mis au point des algorithmes permettant de suivre le développement des colonies en temps réel tout au long de la saison. Il est maintenant possible de connaître le niveau de couvain de chaque ruche sans l’ouvrir.

Pour l’apiculteur c’est un excellent outil d’aide à la décision qui lui permet de quantifier la situation à chaque instant, assurer la santé de ses colonies et une meilleure maitrise de ses risques.

Valeurs et non-valeurs d'un rucher suivi en temps reel

Regardons ce rucher avec 5 ruches monitorées. Alors qu’elles ont toutes un départ relativement groupé en début de saison, le 9 avril le peloton de désagrège. Les jeux se font à ce moment, avec celles qui entreront en production et celles qui ne réussiront pas à décoller. La ruche verte RHH est fruit d’une division et décolle plus tard dans la saison.

Les meilleures réussissent à développer leur couvain rapidement et se maintiennent à un bon niveau toute la saison. Les autres vont vivoter pendant 3 mois pour éventuellement se récupérer à la fin de la saison. Les perdantes entameront une ou plusieurs descentes aux enfers, enchainant essaimages et autres déboires.

 

Chaque rucher avec sa propre dynamique

Le potentiel de l’outil est démultiplié lorsqu’on compare plusieurs ruchers entre eux. Dans notre cas trois ruchers de trois apiculteurs différents situés à moins de 40km de distance l’un de l’autre. Ils profitent globalement de la même météo, (voir l’article « le cas de la ruche5 » sur ce sujet). Pourtant en fonction de l’implantation locale, des ressources et des pratiques de l’apiculteur, leur trajectoire sera complètement différente.

Suivi en temps reel de trois ruchers

Le rucher A démarré en mars, le rucher B en avril et le rucher C en mai. Il s’en suit un déroulement assez semblable : celles qui décollent, celles qui vivotent et celles qui décrochent. A la fin de la saison, après la récolte, la descente du couvain est également différente. Pour A et B elle est modérée pour C très accentué … à cause d’une raison très concrète qui fera l’objet d’un prochain article.

Conclusion

On a vu que chaque rucher présente un développement caractéristique. Au même temps, chaque ruche suit une trajectoire propre. L’apiculture de précision repose sur la connaissance de ces dynamiques. Le suivi du rucher en temps réel offre à l’apiculteur une visibilité accrue sur son cheptel. Ce qui a pour conséquence une prise de décision plus pertinente et éclairée.

L’apiculteur finit alors par se demander comment il faisait, à l’époque où il relevait les informations tous les 15 jours…


Pour aller plus loin

La dynamique des colonies n’est pas un sujet nouveau. Ce rapport du centre suisse de recherches apicoles datant de 1996 permet d’aller plus en détails. Nous conseillons particulièrement la lecture de sa conclusion.


Au fil des miellées

Un des attraits de la pratique de l’apiculture c’est qu’elle vous immerge dans la nature. Vous devenez un observateur averti de l’écosystème car vous et vos abeilles en dépendez.

Au bout d’une saison de pratique vous assimilez aisément le calendrier des floraisons : en mars le cerisier, en avril le pommier et le colza, en mai l’acacia, en juin le châtaignier, en juillet le tilleul. Puis en août c’est la disette… Ce suivi attentif de votre milieu naturel vous permet de percevoir des évènements qui passent inaperçues aux non-initiés.

Fleurs vs miellée : condition nécessaire mais pas suffisante

Seulement, voir des fleurs n’implique pas nécessairement l’existence de nectar, donc de ressources pour les abeilles. Les miellées sont conditionnées par de nombreux facteurs : la température et humidité ambiantes, les dernières pluies et leur intensité, la profondeur des racines pour des plantes comme le colza ou le tournesol, etc.

La miellée n’est donc ni acquise ni aisée à identifier. D’autant plus que vous n’allez pas monter la garde sous le pommier de votre voisin pour voir quand elles viennent le butiner !

Mesurer c’est comprendre

Un capteur de poids installé sous la ruche vous donnera des informations bien plus détaillées. D’un simple coup d’œil il devient possible de suivre le déroulement des miellées, leur intensité et également les périodes de disette.

Au-delà de l’aspect ludique, il s’agit d’un réel outil d’aide à la décision qui vous permet de juger du moment opportun pour installer une nouvelle hausse ou, au contraire, de soutenir une colonie en manque de réserves.

Les données transforment la pratique de l’apiculture. Notre compréhension du milieu environnant devient plus précise, plus intense.

fig 1 : Calendrier des miellées d’une colonie. Les cercles verts indiquent une augmentation du poids, alors que les rouges indiquent une perte de poids de la ruche. Leur taille est proportionnelle à la quantité gagnée ou perdue.


Le cas de la ruche 5

Le cas de la ruche 5

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Notre ruche R5 qui en 2018 avait réalisé une belle miellée d’acacia ne semble pas très bien réussir en 2019. Alors que lors des inspections elle semblait bien se développer, les résultats sont sans appel : 4,9 kg produits contre 15,8 l’an dernier. Le détail journalier est donné ci-dessous :

L’apiculteur hâtif attribuerait cette baisse de production à un défaut de miellée, ou à une reine en déclin. « Elle a bien marché l’an dernier et doit baisser de régime cette année » aurait-il (ou elle) pu dire.

Voyons néanmoins ce que disent les données.

Tout d’abord l’état du couvain

Notre ruche présente une excellente vitalité. Elle affiche une température du couvain à 35°C ultra-constante tout le mois d’avril. Sans l’ouvrir, nous pouvons assurer qu’elle dispose d’au moins 4 cadres de beau couvain. Il n’y a pas eu d’essaimage non plus sur la période.

  • Non, la reine n’est pas en déclin.

Ensuite, comparons avec les pairs

Nous avons la chance d’avoir deux autres ruches équipées de capteurs dans un rucher B à seulement 2.6 km à vol d’oiseau. Les R17 et R26 présentent également un couvain pleinement développé comme la R5. Nous pouvons comparer ces trois colonies entre elles. Nous constatons que, finalement, R17 et R26 font nettement mieux : +7,2kg et +10,5kg respectivement. Bien que les niveaux soient différents, les tendances journalières sont assez proches entre les trois ruches (voir ci-dessous) avec des journées rouges et des journées plutôt vertes (elles doivent toutes être abonnées à Bison futé).

  • Non, pas de défaut de miellée.

Jusqu’ici, nous pouvons écarter comme causes possibles une reine vieillissante ou un manque de ressources.

Quid de la météo ?

Normalement, la météorologie générale ne devrait pas être la cause non plus. Les deux ruchers sont très proches et à ce niveau, donc les conditions climatiques sont identiques. Sauf que… Regardons les températures maximales journalières dans chacun des ruchers :

Très clairement, le rucher A dans lequel se situe R5 est dans un environnement plus frais que le rucher B. La température maximale moyenne d’avril 2019 est de 18,2°C pour le premier et 21,2°C pour le second. Trois degrés d’écart qui semblent faire toute la différence.

Les 20,5°C atteints en 2018 sur le rucher A semblent corroborer l’hypothèse que le paramètre clé de notre analyse est l’exposition du rucher. Effectivement, il se trouve que le rucher A se situe dans un bois sous une couverture végétale d’acacias, alors que le rucher B est également en zone boisée mais au milieu d’une clairière.

Bilan des courses

Nous en concluons que finalement l’exposition du rucher est à l’origine des faibles niveaux de production de la ruche 5. Les abeilles étaient présentes, les ressources aussi, la météo également. Mais pas l’ensoleillement. Il a suffi d’une année un peu plus fraîche que la précédente, 2°C d’écart en température maximale mensuelle, pour limiter la production d’avril dans ce rucher.

Rucher A

Rucher B


Les fondations de l'apiculture de précision

Les fondations de l’apiculture de précision

Vous avez certainement entendu parler de ruches connectées. Celles-ci s’inscrivent dans un concept plus large : l’apiculture de précision.

L'expression Apiculture de Précision fait référence à une vision systémique de la pratique de l’apiculture. Il s’agit d’une intégration cohérente de l’ensemble d’informations utiles et nécessaires à l'apiculteur.

Les quatre piliers

De façon générale, l’apiculture de précision repose sur quatre piliers :

  • les colonies d’abeilles, avec ses paramètres vitaux
  • l'environnement, avec la météorologie et les floraisons
  • l’apiculteur qui constate et agit sur son environnement
  • la communauté qui ouvre le champ d’une compréhension approfondie.

C’est seulement lorsqu’on relie ces quatre sources d'information que le système peut être abordé dans son ensemble. Il devient alors possible de concevoir des services à forte valeur ajoutée.

  • Savoir qu’une miellée démarre est une information utile pour l’apiculteur. Pouvoir la relier avec la floraison environnante et la contextualiser grâce à l’historique des floraisons des années précédentes, c’est encore mieux.
  • Une ruche présentant une température de couvain en baisse est une information inquiétante qui pointe un couvain en déclin. Pouvoir la contextualiser avec les dernières opérations de l’apiculteur ou avec la dynamique des ruches voisines, c’est toujours mieux.

Fournir des renseignements décisionnels

L’objectif de l’apiculture de précision est de fournir à l’apiculteur des renseignements décisionnels

Un renseignement est dit « décisionnel » lorsqu’il est : rapidement compréhensible car exprimé dans le jargon du métier, mis en contexte, d’actualité à l’instant présent et ouvrant la possibilité d’une action pour apporter une solution.

Dans cet état d’esprit, les apiculteurs professionnels disposent d’un nouveau levier pour optimiser leurs opérations.

Quant aux apiculteurs de loisir, ils peuvent compter sur un guide pour améliorer leur pratique s’ils débutent, ou pousser leurs recherches et expérimentations pour les plus curieux d’entre eux.

Dans les deux cas, la pratique de l’apiculture se voit transformée. Elle est plus intense, plus pertinente et plus effective.

Un sixième sens

Les outils numériques n’éloignent pas l’apiculteur de la nature. Au contraire, ils lui apportent des clés pour mieux comprendre des évènements qui se déroulent, trop souvent à l’écart de ses cinq sens.

 

Pour aller plus loin

retrouvez quelques uns des cas d'application