La division de ruche peut être réalisée par de multiples méthodes. Dans tous les cas le résultat attendu est le même : la nouvelle colonie va devoir élever ou adopter une nouvelle reine.

Ce remérage n’est pas toujours garanti et peut parfois échouer. L’apiculture de précision permet de suivre le processus de remérage dès la création de la colonie. Elle identifie, sans intrusion, les colonies qui réussissent et celles qui ont plus de difficultés, voire qui échouent.

Quand effectuer la division d’une ruche ?

La division d’une colonie en ruchettes peut être réalisée, sans la mettre en difficulté lorsque la ruche atteint un niveau de couvain suffisant pour être prélevée de 2 ou 3 cadres. En pratique, ce stade de « maturité » dépend de deux paramètres majeurs :

1/ la dynamique globale du rucher, qui est caractérisée tout d’abord par son emplacement. Très clairement, le développement des quatre ruchers ci-dessous à Paris, Marseille, Pau ou Bayonne est très différent. L’effet des zones climatiques est net, mais la localisation du rucher conditionne aussi son développement. Prenons comme exemple les ruchers de Pau et Bayonne qui ne sont pas très éloignés géographiquement, mais qui sont exposés très différemment.

Cette année, le sud-ouest de la France (Pau, Bayonne) a réalisé un bon départ, notamment à cause d’un hiver doux qui a permis la ponte dès le mois de janvier. Marseille a 15 jours de décalage, mais présente également un développement très fort en quelques semaines. A Paris les températures plus fraîches justifient un démarrage plus en douceur, mais une fois franchie cette période, le décollage est également de qualité !

Couvain moyen de quatre ruchers sur des zones climatiques différentes en France

2/ la dynamique de la ruche est également un paramètre important.  En effet dans un même rucher les colonies ne se développent pas de la même manière. C’est le cas par exemple à Pau (voir graphe ci-dessous) où l’écart entre le démarrage de la première ruche et celui de la dernière est d’environ un mois.

Compte tenu de ces deux facteurs, chaque rucher et chaque ruche atteindra un stade apte à la division à une période donnée. Alors que pour l’apiculture classique on se décide “à peu près”, en apiculture de précision il est possible d’avoir un repère plus fin du stade de développement.

En règle générale j’envisage une division lorsque la ruche a atteint 65% de couvain. C’est une règle simple qui aide à organiser les opérations sur le rucher.

La division de ruche en pratique

Prenons l’exemple du rucher de Pau.
J’ai décidé de diviser les ruches R3 et R7 le 15 mars. Ces deux ruches, les plus fortes du rucher, avaient pris leur envol les jours précédents, atteignant un niveau de couvain de 70%.

Développement des colonies depuis le 1er janvier. Les ruches R3 et R7 sont prêtes à être divisées le 15 mars. Les autres ruches, un peu moins développées, le seront plus tard.

Les divisions par prélèvement de 2 cadres (voir techniques de division en bas de cet article), ont donné deux ruchettes : RA et RC. Aucune reine n’a été prélevée, ni introduite. C’est donc, à partir du couvain frais que les abeilles vont devoir élever leur nouvelle reine. Dans ces conditions, le calendrier théorique est le suivant :

15 marsjdivision avec 2 cadres de couvain
31 marsj + 16naissance de la reine (au plus tard)
05 avrilj + 21dernière ouvrière née
7 avrilj + 23maturité de la reine / fécondation
08 avrilj + 24dernier mâle né
10 avrilj + 26reprise de ponte 3j après fécondation
calendrier théorique des événements attendus suite à division

La naissance de la reine à j+16, suivie de la période de fécondation, nous amènent à j+26 environ pour la reprise de ponte. Nous devrions donc constater la reprise de ponte à partir du 10 avril🤞.

Assurer un suivi non intrusif du remérage des colonies après division

Chacune des deux nouvelles colonies a été équipée d’un capteur de température pour monitorer son développement. Leur progression est assez nette. Quelques jours après la mise en place de la ruchette, nous constatons une diminution progressive de couvain jusqu’au 8 avril environ. En revanche, à partir du 10 avril les deux ruchettes affichent des comportements très différents.

Trajectoires réelles des ruchettes RA et RC superposées avec le calendrier théorique.
La reprise de ponte est effective pour RA à la date prévue, alors que RC est bourdonneuse.

La ruchette RA a suivi un développement sans incident. La diminution du couvain sur la première phase est nettement repérable. Dès le 10 avril, avec la nouvelle reine, la reprise s’installe. Un parcours parfait !

En revanche, pour RC les choses ont été plus compliquées. La première période est identique à celle de RA (les deux colonies démarrent avec 2 cadres de couvain). Mais RC n’arrivera pas à redémarrer. Son niveau de couvain restera autour de 20%. Il n’y a pas de nouvelle reine qui pond, car il s’agit d’un couvain de mâles. La ruche est devenue bourdonneuse. La division a échoué.

Éviter les sur-températures du couvain

En regardant de plus près les raisons qui ont pu faire échouer la deuxième division (RC), j’ai constaté pour ce couvain, un certain nombre d’alertes de sur-température.

Les mesures ci-dessous semblent démontrer que la sur-température  (>38°C) affecte les petites colonies. Alors que, dans le même rucher, les ruches d’une plus grande taille ne la subissent pas.

Quatre épisodes de sur-température au sein de la ruchette RC impactent le développement du couvain.

Clairement RC a subi quatre épisodes de sur-température en avril, alors que RA n’en a pas eus. Ces stress thermiques doivent affecter le couvain jusqu’à un certain point. Impossible d’en dire plus à ce stade, mais la leçon apprise est la suivante : il faut faire attention aux sur-températures dans les ruchettes pour assurer aux divisions les meilleures chances de réussir.

Une explication possible est que la ruchette RC est de construction plus sommaire: des parois de moindre épaisseur, pas de nourrisseur et un toit basique en tôle, posé directement sur le couvre-cadres. Voyant les sur-températures apparaître, j’ai ajouté un nourrisseur et un isolant de 4 cm sous le toit, le 19 avril. Peut-être était-il déjà trop tard…

La ruchettes RC à gauche est d’une construction plus sommaire que la RA à droite. Ce qui la rend plus sensible aux sur-températures

La ruchette RA a subi également des sur-températures au courant du mois de mai. Elle avait déjà démarré et a pu surmonter la difficulté. Toutefois, il est probable que le développement du couvain s’en soit également ressenti. A cette période, il lui restait toujours un cadre à bâtir, alors qu’elle était partie sur une très bonne dynamique.

J’ai divisé en emportant la reine ? 😅

Avant de terminer cet article, voici deux nouvelles divisions. Cette fois, dans un rucher Parisien.
Elles sont le résultat d’un prélèvement de 4 cadres sur 4 ruches différentes et installées dans deux ruches Dadant de 10 cadres. Les divisions RF (Ruche F) et RI (Ruche I) ne démarrent pas le 15 mars comme à Pau, mais le 15 avril.

Dans ce cas de figure, on constate que le volume de couvain descend pour la ruche RF mais pas pour la ruche RI. Pour quelle raison ? Probablement, lors de la division, la reine d’une des ruches-mères a été emportée sur le cadre. La colonie RI a redémarré de plus belle et c’est la ruche mère qui a dû se remérer. Rien de grave mais mieux vaut être prévenu !

Deux divisions qui n’ont pas les mêmes chances de départ. L’une avec reine incorporée (RI) démarre rapidement alors que l’autre division RF doit élever une reine. Quelques temps après, courant juin elles sont à nouveau au coude à coude !

En conclusion : Améliorer sa pratique pour mieux réussir l’élevage

Nous savons combien un essaim d’abeilles est précieux de nos jours. Ces exemples montrent qu’il est possible d’accompagner le développement de la nouvelle colonie sans la déranger. Il a été également possible d’en tirer des leçons simples qui contribueront à améliorer la pratique pour les divisions à venir.

L’objectif recherché est simple : Réussir un maximum de divisions !


Références sur la division de ruche