L’emplacement du rucher conditionne grandement le développement des futures colonies. Santé des abeilles, niveau de production, besoins en nourrissement et stress divers sont étroitement liés avec l’environnement proche. Certains apiculteurs n’hésitent pas à affirmer que l’emplacement c’est 70% de l’apiculture. Rien que çà !

Les fondamentaux pour bien choisir l’emplacement de son rucher

Le choix de l’emplacement du rucher est le compromis entre un vaste nombre de critères. Un peu comme si vous cherchiez un logement pour votre propre famille, il faut se poser à peu près les mêmes questions. Malheureusement il n’y a pas encore de Stéphane Plaza de l’apiculture, donc il va falloir se le gérer soi même 😅

Ici on a choisi de diviser les critères en trois grandes familles : Les ressources, la disposition et enfin un regroupement de critères réunis dans la catégorie éléments de confort.

Les ressources du rucher

Un bon emplacement dispose idéalement d’une bonne variété florale environnante. Si c’est possible avec des floraisons qui s’étalent sur le printemps, l’été et aussi l’automne. Ce qui aura pour effet d’éviter des périodes de disette. Vous pouvez vérifier le potentiel nectarifère et pollinifère de chaque variété avec le Catalogue de Plantes Attractives pour les Abeilles.

extrait liste plantes attractives pour les abeilles
extrait de la liste des plantes attractives pour les abeilles. (c) FranceAgrimer, INRA, ITSAP et al.

Il faut également disposer d’un point d’eau car les abeilles s’abreuvent, surtout l’été pour assurer la régulation thermique de la colonie. Si elles n’en trouvent pas à proximité elles risquent de s’inviter chez votre voisin.

Vous ne connaissez pas les caractéristiques de tel ou tel emplacement ? En France vous pouvez consulter le portail beeGis de l’ITSAP. En quelques clics vous aurez un aperçu de l’environnement du rucher : cultures, type d’essences, milieu naturel, hydrographie… Il est également possible de comparer divers emplacements entre eux, pas beau tout ça !

Vue application BeeGIS
Vue de l’application BeeGIS de l’ITSAP qui en quelque clic permet de caractériser un potentiel emplacement. (c) Alexandre Dangléant

Dans la même logique mais avec une approche plus détaillée, il existe des outils comme AncGIS qui permet de pointer soi même les ressources florales. Une fois indiquées les différentes variétés l’outil fournit la progression théorique sur l’année des ressources en nectar et pollen.

diagramme de floraison naturelle AncGIS
Exemple de diagramme de floraison annuel obtenu à partir des espèces florales et leur taux de présence : Cerisier, prunier, tilleul, lierre et arbousier. https://ancgis.herokuapp.com/ AncGIS est Open Source (c) Sylvain Galopin

Attention aux emplacements proches de monocultures. Sans parler du risque associé aux pesticides et autres enrobages phytosanitaires. Même lorsqu’il s’agit de variétés mellifères, le risque est supérieur pour les colonies. Elles auront un pic d’activité (si la météo accompagne) puis rien du tout. Ce type d’emplacements est mieux adapté pour la transhumance. Évitez de mettre tous les œufs dans le même panier.

Disposition du terrain, du rucher et des ruches

On préfère les terrains exposés sud/sud-est pas trop exposé au vent ni a l’humidité. Les fonds de vallon sont abrités mais plus frais que les flancs ou hauteurs, qui eux peuvent être plus ventés. Là aussi il est question de compromis.

Posez-vous la question “A quelle heure du matin mes ruches verront le soleil au mois de février ?” Ce paramètre a un impact majeur sur le développement de la colonie au printemps. Dans un article précédent consacré à la dynamique des ruchers nous avions comparé l’évolution sur l’année de trois ruchers des Pyrénées-Atlantiques ayant des expositions différentes.

Dans les régions les plus chaudes l’ombre des arbres peut être un atout en plein été. Tandis qu’au printemps elle peut retarder le développement des colonies…

Si vous êtes en zone de montagne, le relief a également son importance. Si vos abeilles doivent butiner à flanc, il vaut mieux installer ses ruches en contre-bas. Elles montent à vide et descendent chargées. C’est plus facile que le contraire non ?

Autres essentiels liés au confort

Un des premiers éléments de confort c’est d’être en accord avec la loi. Cela vous évitera bien de soucis. Ce sont les Préfets qui précisent les consignes à suivre. Dans ce recueil du SNA vous trouverez quelques éléments pour vous orienter dans votre propre département.

La pression des frelons asiatiques devient également un critère essentiel de choix. Certains emplacements sont plus impactés que d’autres. Même si des variations sont constatées d’une année sur l’autre, il y a quelques constantes : Les emplacements en plaine, proches de cours d’eau par exemple peuvent subir des fortes pressions. Dans ces endroits, si vous n’avez pas le moyen de les surveiller de près vos colonies, elles vont souffrir de juillet à novembre.

Avoir un bon accès, pour atteindre l’emplacement en voiture, vous facilitera la vie et vous libèrera de beaucoup de transpiration. Et si l’emplacement est à l’écart des voies publiques vous serez doublement tranquille car moins de risque d’accident avec un passant ou de vol par un autre qui aimerait bien ce qu’il voit.

Dans le rucher lui même placez les ruches de façon à pouvoir les travailler tout autour. Laissez suffisamment de place à l’arrière pour pouvoir insérer un lange sous le plateau pour le comptage des varroas par exemple.

Enfin, si vous pouvez installer un bâti ou support pour mettre les ruches en hauteur, ce sera bon pour votre dos. Le travail sera facilité et plus plaisant. C’est un petit luxe que les professionnels ne peuvent pas se permettre mais à la portée de la majorité des apiculteurs de loisir avec un rucher fixe.

rucher avec ruches en hauteur

Synthèse

Voici donc quelques conseils pour bien choisir l’emplacement du rucher. Ce sont des orientations de “bon sens” mais on voit également que les outils modernes apportent des informations utiles qui peuvent aider à la décision finale.

Bien entendu il est possible de pousser encore plus loin l’analyse pour caractériser finement un emplacement. C’est ce que nous montrons dans cet article qui traite sur l’exposition et l’environnement proche de trois ruchers ayant subi des surchauffes pendant l’été. Vous verrez que parfois ces analyses peuvent aboutir a des résultats assez inattendus…